09 juillet 2011

Moment carte postale

Une vision fruitée, chez Christopher Boffoli
Béret sur la tête et cane à la main, il trône au milieu des fruits et légumes en regardant passer les autos, les touristes perdus, les promeneurs de chien...

On dirait qu'il médite ou bien qu'il dialogue silencieusement avec la marchandise: les tomates alignées comme de petits soldats bouffis et ramollis par le soleil; l'étagère du bas transformée en champ où l'on devine la forme de quelques pommes de terre; les melons qui attendent une main acheteuse, dans une caisse à même le sol...

Soudain, une grande bécasse très pâle aux yeux clairs, cheveux longs et bonjour énergique entre dans la petite boutique sombre.

Probablement une touriste qui baratine deux ou trois mois d'atlantiquais commercial, pense-t-il.

Elle sourit, ouvre la bouche et explique ce qu'elle veut - avec un accent à abattre à la hache.

"Oh, j'arrive, j'arrive... calmement", lui répond-il.

Pendant qu'il se déplie de sa chaise et se hisse en position verticale, elle remarque un billet ironique punaisé au mur du fond.

"Pour des raisons de santé, la clientèle est priée de ne pas fumer. Le tabac ne fait que du mal de toute façon".

Sur une île où la cigarette est un accessoire universel et personne ne se soucie des poumons du voisin, ce billet serait-il une manifestation isolée de sagesse excentrique?

Ou alors... la cigarette aurait-elle rétreci les poumons et la santé de son auteur?

Sur un plateau de la balance le viel homme dépose trois fruits mûrs, sur l'autre des poids qui paraissent directement sortis d'un livre d'histoire.

Lentement, il note le prix de chaque produit sur un morceau de papier et additionne.

Retour vers le passé, musée vivant, produits locaux, découverte et simplicité... à deux pas de chez nous.

C'est attachant tout ça mais les fruits étaient à moitié pourris.

En somme, toujours étrangère stupide malgré deux ans et demi sur l'île.

05 juillet 2011

Poubelle vivante

Poubelle artistique, chez Jacob Livengood
Manipulations génétiques machiavéliques chez nous: la nouvelle coloc' a récemment redoublé de créativité.

Une grande marmite contenant un os nageant dans un étang gluant beige-gris en tranches - d'origine éventuellement végétale - languit sur le fourneau depuis trois jours dans la chaleur estivale atlantiquaise.

Un veau mugissant de surprise naîtra-t-il bientôt de cette marmite? Mystère...

Pendant ce temps dans le laboratoire frigorifique, des citrons jaunes se transforment silencieusement en citron verts.

Avec un petit duvet blanc attendrissant qui donne presque envie de leur faire des chatouilles.

29 juin 2011

L'insecte Boeing

Fixation maladive ou peur d'une petite bête?
Vivre ici, c'est prendre un cours accéléré en matière de vie humaine et animale.

Il y a quelques jours, j'ai ainsi découvert que le cafard est le 747 du monde des insectes.

Ça émet le genre de vibration enthousiaste capable de percer le silence collant de la nuit atlantiquaise.

Et ça vole en haute altitude, au moins jusqu'au deuxième étage plus précisément.

Pire, ça atterrit sans autorisation préalable et ça se met immédiatement à explorer tous les recoins du nouvel aéroport au pas de course.

La seule solution contre ce terroriste volant à l'omniprésence facile?

Garder les fenêtres fermées et étouffer silencieusement.

28 juin 2011

Choc orthographique aigu

Et l'accent, c'est facultatif?
Hier, le thé m'est presque sorti par les narines en pleine lecture tant le choc fut violent. 

J'ai eu l'impression que l'on tentait de m'assommer à grand coup de dictionnaire Larousse 2011.

Et ça m'a fait très, très mal à la langue.

La coupable? Cette blague cruelle, ce joke de mauvais goût qui s'appelle "orthographe rectifiée", sans doute rectifiée selon les critères de paresseux analphabètes avares de voyelles et d'accents.

Parce que je vis dans un univers non-francophone depuis près de 18 ans et que la compagnie du câble de l'île a jugé intellectuellement favorable pour les autochtones de virer TV5 Monde et M6 de l'abonnement de base et de les remplacer par des aberrations télévisuelles signées Fox, je n'avais aucune idée que la langue française était encore en train de se faire massacrer.

Jusqu'à hier, je vivais paisiblement dans un univers où la réforme de l'orthographe de 1990 était juste un mauvais cauchemar, une idée hurluberlue oubliée de tous et de toutes.

Certes, une langue est un être vivant qui évolue et adopte naturellement des mots empruntés aux langues avec lesquelles elle cohabite, et vice-versa.

Mais la forcer à une simplication orthographique parce que certains ne sont guère disposés à se donner la peine d'apprendre à épeler?

Que les brutes analphabètes aillent donc manger leurs "ognons", "cèleri" et "cacahouètes" dans leur "iglou" flottant sur un "nénufar" au milieu du "fiord"...

Ces histoires de graphie simple? À "bruler" immédiatement de notre conscience collective. JXXMBJ8Q6UJR 

27 juin 2011

Cafard royal

Art et cafards, chez Catherine Chalmers


De toutes les espèces présentes sur l'île, le cafard est le roi incontesté de la vie animale atlantiquaise.

Comme tous les monarques, il a ses entrées partout et ne se déplace jamais sans un ample cortège de compagnons. Le cafard parvient ainsi à règner en parfaite autocratie sans que la populace s'offusque ou pense à se rebeller.

Au contraire, il existe chez les autochtones une certaine servitude envers le roi Cafard. Par conséquent, celui-ci ne se contente guère de rester à la maison mais se promène aussi dans la rue la tête haute.

Pour tout étranger, ce phénomène est difficilement compréhensible or le cafard est bel et bien l'animal de compagnie atlantiquais par excellence.