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| Une vision fruitée, chez Christopher Boffoli |
On dirait qu'il médite ou bien qu'il dialogue silencieusement avec la marchandise: les tomates alignées comme de petits soldats bouffis et ramollis par le soleil; l'étagère du bas transformée en champ où l'on devine la forme de quelques pommes de terre; les melons qui attendent une main acheteuse, dans une caisse à même le sol...
Soudain, une grande bécasse très pâle aux yeux clairs, cheveux longs et bonjour énergique entre dans la petite boutique sombre.
Probablement une touriste qui baratine deux ou trois mois d'atlantiquais commercial, pense-t-il.
Elle sourit, ouvre la bouche et explique ce qu'elle veut - avec un accent à abattre à la hache.
"Oh, j'arrive, j'arrive... calmement", lui répond-il.
Pendant qu'il se déplie de sa chaise et se hisse en position verticale, elle remarque un billet ironique punaisé au mur du fond.
"Pour des raisons de santé, la clientèle est priée de ne pas fumer. Le tabac ne fait que du mal de toute façon".
Sur une île où la cigarette est un accessoire universel et personne ne se soucie des poumons du voisin, ce billet serait-il une manifestation isolée de sagesse excentrique?
Ou alors... la cigarette aurait-elle rétreci les poumons et la santé de son auteur?
Sur un plateau de la balance le viel homme dépose trois fruits mûrs, sur l'autre des poids qui paraissent directement sortis d'un livre d'histoire.
Lentement, il note le prix de chaque produit sur un morceau de papier et additionne.
Retour vers le passé, musée vivant, produits locaux, découverte et simplicité... à deux pas de chez nous.
C'est attachant tout ça mais les fruits étaient à moitié pourris.
En somme, toujours étrangère stupide malgré deux ans et demi sur l'île.




